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Eglise Notre-Dame de l'Assomption (rue Ed Desor 1)


 

C'était jour de fête, ce dimanche avant Noël 1828, lorsque le curé Aebischer bénit la chapelle de la Maladière. Enfin les catholiques de Neuchâtel, privés depuis la réforme en 1530 d’un lieu sacré digne de ce nom, disposait de nouveau d’une église paroissiale fût-elle modeste et chargée de diverses restrictions, pour célébrer l’Eucharistie. Après près de 300 ans de vie religieuse difficile dans les oratoires du Château et de l’hôpital Pourtalès, période durant laquelle, en l’absence d’un cimetière, les catholiques décédés étaient enterrés à Cressier, dans le canton de Fribourg, voire en France.

Lorsque le curé Joseph Berset prit la direction spirituelle de la paroisse, en 1862, le nombre de catholiques en ville de Neuchâtel dépassait le chiffre de 2000, grâce en particulier à l’immigration des ouvriers italiens. Dès lors et malgré un agrandissement 30 ans après son inauguration, la chapelle s’avéra trop petite pour la communauté Notre-Dame en constante expansion.

Le curé Berset s’allia alors à l’architecte-ingénieur Guillaume Ritter qui venait de construire l’hôpital de la Providence, pour réaliser son rêve d’une grande église paroissiale en ville de Neuchâtel. En effet, la nouvelle constitution neuchâteloise de 1848 avait accordé aux paroisses catholiques une sanction officielle. Se prévalant de la bienveillance et de la tolérance du gouvernement républicain à l’égard des catholiques romains, ils se mirent à la tâche pour résoudre les problèmes essentiels, l’emplacement, le financement et l’obtention du permis de construire.

Différents endroits avaient été examinés sans succès. Hésitations d’un côté, opposition de l’autre, la situation fut à un tel point bloquée que l’assemblée de paroisse du 21.07.1895 se résigna à envisager d’agrandir la chapelle. Cette décision suscita un émoi certain parmi la population catholique et protestante de sorte que la paroisse a dû faire marche arrière. Elle reprit les recherches et proposa au Conseil communal, le 7 juin 1896, un nouvel emplacement sis à l’est du Crêt, dans le prolongement rocheux du Crêt-Taconnet.

La bonne nouvelle est venue le 22 mars 1897, date à laquelle le Conseil général décida de céder gratuitement à la paroisse catholique de Neuchâtel, pour y construire une nouvelle église, le terrain situé à l’Est du Crêt formant la tête du massif des nouveaux sols à gagner sur le lac entre le Crêt et la Maladière et comportant une superficie d’env. 3'300 m2.

Deux mois plus tard, soit le 19 mai 1897, le Conseil communal autorisa la paroisse à pratiquer des fouilles sur le terrain cédé pour s’assurer de la nature du sol. Les travaux débutèrent le 28 mai 1897, date qui est considérée comme celle du premier coup de pioche.

La cession du terrain intervenait sous réserve d’approbation par les autorités compétentes des plans définitifs et de la justification financière. Il était en outre convenu que les fondations ne dépasseraient pas le niveau du sol afin de permettre l’organisation de la fête fédérale de tir, en été 1898, à l’occasion du 50e anniversaire de la République. Le 13 juin 1897, l’assemblée de paroisse accepta les plans de l’architecte pour un édifice de 1'000 places avec un devis de 302'240 francs. A cette occasion, le curé Berset mettait les fidèles en garde contre tout excès de confiance; pour mener à bien cette importante entreprise, chacun devait être disposé à faire des sacrifices, disait-il, et de proposer le Sou de la semaine, une offrande de 5 c. par semaine, soit 2.60 fr. par an, ce qui, avec plus de 3'000 catholiques, devaient donner une somme de 8'000 francs par année.

Animée d’une foi à déplacer des montagnes, il chercha par tous les moyens à assurer le financement de la construction. Il partait à la recherche de fonds dans les paroisses de son canton, Fribourg, puis en France et même en Belgique. Une première tranche de vente de billets de loterie était un échec, les deux suivantes furent refusées par le Conseil d’Etat.

Le coût de la construction donna lieu à de longues discussions avec les autorités. Or l’expertise demandée par ces dernières à l’architecte Recordon, professeur à l’école polytechnique de Zurich, déplora l’utilisation du ciment et de la pierre factice ; avec les matériaux prévus, il estimait le coût de l’église à 675'000 francs, en pierre de taille à 1'014'000 francs. On comprend dès lors le souci du Conseil communal de voir une construction commencée mais jamais achevée faute de moyens financiers. Un autre expert, mandaté par la paroisse, M. Segesser, architecte à Lucerne, louait, au contraire, les aptitudes et les connaissances très spéciales d’une construction d’église de l’architecte qui a disposé le plan de l’église très habilement en tenant compte des particularités du culte catholique.

Ces explications rassurèrent le Conseil communal qui approuva les plans et autorisa la reprise des travaux le 10 août 1899. Cette fois, la construction pouvait démarrer. Sous l’experte direction de Guillaume Ritter, le chantier avança bien et c’est à l’occasion de sa visite pastorale, le dimanche 25 mars 1906, que Mgr Léon Esseiva, prévôt de la collégiale St-Nicolas de Fribourg, bénit et inaugura l’église. Le Chemin de Croix de Moirod fut ajouté en 1908, les grandes orgues furent installées en 1928/29 et trois nouvelles cloches montées en 1933/34. Pour couronner le tout, en 1937, l’autel transféré de la chapelle de la Maladière fut remplacé par le nouveau maître-autel avec le calvaire de Marcelle Feuillat. Ainsi, l’église ouverte au culte depuis plus de 30 ans, fut consacrée le 4 décembre 1937 par l’évêque, Mgr Marius Besson, et dédiée à Notre-Dame de l’Assomption.

Au milieu des années 50, les dégradations de l’édifice constatées depuis une vingtaine d’années déjà, exigèrent des mesures d’assainissement. Pour des raisons de sécurité, l’extérieur est alors dépouillé de son décor sculptural. A peine 30 ans plus tard se joua la survie de l’église: démolition et reconstruction d’un édifice moderne aux dimensions réduites ou remise en état complète.

Prenant alors conscience de la valeur patrimoniale et spirituelle de son lieu de culte, la paroisse accepta le classement du sanctuaire et s’engagea en faveur d’une restauration complète. Les travaux réalisés en trois étapes, le toit, les façades et les vitraux et, enfin, l’intérieur, s’échelonnèrent sur une quinzaine d’années et furent achevés en 2000. Différentes améliorations ont été effectuées en parallèle avec les travaux de restauration: rétablissement de la chapelle St-Michel, installation d’un chauffage à air chaud au sol, création d’une crypte sous le maître-autel, aménagement d’une zone d’accueil dotée d’un local de rencontre, un nouveau mobilier liturgique en pierre du Gard.

Le 22 octobre 2000, la dédicace du nouvel autel par Mgr Pierre Farine met un point final à la restauration intégrale de l’église.

L’église paroissiale a ainsi retrouvé une nouvelle jeunesse dont la communauté. Notre-Dame est fière. Ayant efficacement soutenu la restauration par ses prières et ses dons, elle s’est prise d’affection pour son sanctuaire. Dès lors, la requête pour l’élévation en basilique mineure n’est que la suite logique. Aussi sommes-nous certains que l’Esprit qui en 1984 avait soufflé sur la paroisse pour le sauvetage de son église se manifestera à nouveau à Rome pour qu’elle soit honorée d’un titre qu’elle mérite amplement.

 

Plan pour trouver l'église Notre-Dame de l'Assomption (rue Desor 1): 
carte_notre-dame_neuchatel.pdf Document PDF 233.37Ko